
Le dimanche 4 octobre dernier, l'équipe de football du Paris Foot Gay (PFG) doit se déplacer chez son adversaire du jour, Créteil
Bébel. Une rencontre de coupe organisée par la
Commission Football
Loisirs (CFL), un organisme sportif qui n'a toutefois aucun lien avec la Fédération française de football. Mais, la veille du match, les dirigeants du club parisien reçoivent
ce mail de leurs adversaires,
un message retranscrit sur le site Internet du Paris
Foot Gay :
«Désolé mais par rapport au nom de votre équipe et conformément aux principes de notre équipe, qui est une équipe de musulmans pratiquants, nous ne pouvons
jouer contre vous, nos convictions sont de loin plus importantes qu'un simple match de foot, encore une fois excusez-nous de vous avoir prévenu si tard».
«C'est surréaliste», réagit Pascal Brèthes, le président de l'association Paris Foot Gay, qui explique que son équipe, à l'exception de quelques insultes, n'a jamais été confrontée à une telle
situation. «Est-ce que nous déciderions de la même manière de ne pas jouer contre une équipe de juifs, de musulmans, de noirs ?», s'interroge-t-il, tout en rappelant que la CFL,
organisatrice de l'événement, est elle-même signataire d'une charte contre l'homophobie. Pascal Brèthes veut voir dans l'attitude du club cristolien un acte d'«homophobie ordinaire», comme le
football en est, selon lui, coutumier.
Pour le président de la CFL, Jacques Stouvenel, la situation n'est «pas acceptable». «Le football n'a ni couleur, ni religion», juge-t-il. Sans préjuger de la future décision du comité
directeur de son association, qui se réunit le 13 octobre pour décider de l'attitude à adopter face à ce «cas exceptionnel», il évoque une possible exclusion de l'équipe de Créteil. Une
nouvelle équipe qui vient de rejoindre la CFL. «Il y a quelques années, des insultes proférées à l'encontre de joueurs juifs par des supporters d'une autre équipe avait provoqué l'exclusion de
cette dernière», explique-t-il. «On va écouter les dirigeants de Créteil Bébel, prévient Jacques Stouvenel, mais je pense que ce qu'ils ont fait est très grave et qu'ils en sont d'ailleurs
conscients».
«On n'est pas homophobes»
Rien n'est moins sur car, côté cristolien, le président Zahir Belgharbi défend une décision qu'il a prise seul, et qui, reconnaît-il, suscite le débat dans son équipe. «On n'est pas homophobes.
Chacun vit sa sexualité, sa religion …, comme il l'entend. Mais nous ne soutenons simplement pas la cause du PFG», explique-t-il au figaro.fr. «Je refuse que des considérations
politiques pénètrent sur le terrain». «J'aurais très bien pu invoquer un manque de licences valides, ce qui était d'ailleurs le cas, mais j'ai préféré être franc», ajoute-t-il. Interrogé sur la
possible exclusion de son équipe - déjà écartée l'an dernier d'une autre fédération sportive - par la CFL, Zahir Belgharbi ne bronche pas : «On acceptera cette décision. Mais c'est selon
moi une manière pour la CFL d'exister». Plus généralement, Zahir Belgharbi craint que cette affaire ne soit une nouvelle occasion de stigmatiser la population musulmane. «Nous avons nos
convictions (sur l'homosexualité, ndlr), n'a-t-on pas le droit de les affirmer ? Citant les débats récurrents sur le voile islamique, la construction de mosquées, il conclut : «Je
constate souvent que nous ne sommes pas dans la même catégorie de Français, nous n'avons pas les mêmes droits».
Le président du PFG, un club qui rassemble des joueurs homosexuels comme hétérosexuels et mène des actions avec la Licra contre les discriminations de tous ordres, n'entend pas en rester là.
Comme l'explique France Bleu 107.1, qui a révélé l'information, il entend porter l'affaire en justice. Au-délà de
l'éventuelle sanction sportive du club cristolien, Pascal Brèthes souhaite aussi être reçu par la secrétaire d'État aux Sports Rama Yade, une demande qui n'a pu aboutir sous l'ère Laporte, pour
évoquer les problèmes de discrimination dans le sport. Paris Foot Gay souhaiterait la mise en place de modules de formation sur la discrimination à destination des éducateurs sportifs. Il
entend également sensibiliser la Fédération française de football et la Ligue de football professionnel.
ref : le Figaro, mardi 6 octobre
2009
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